A l’occasion du Sommet de la Communauté politique européenne (CPE), le Premier ministre britannique a souhaité relancer la coopération avec l’UE : la mission est accomplie.
L’enjeu pour Keir Starmer était de taille : démontrer que le Royaume-Uni était désormais de retour sur la scène européenne et que la période d’hostilités post-Brexit est achevée : finie l’idéologie anti-UE de Boris Johnson et Liz Truss, de même que l’hésitation constante manifestée par Theresa May et Rishi Sunak. Désormais, le Royaume-Uni parle avec tout le monde.
Faire un reset avec l’UE et la France
Sir Keir Starmer l’a clairement affiché durant sa campagne en mai et en juin et l’a réaffirmé jeudi : le sommet de la CPE était l’occasion d’un renouvellement des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. « [Nous voulons] rétablir nos rapports avec l’Union européenne parce qu’en travaillant ensemble, nous sommes une véritable force pour le bien » a insisté le nouveau Premier ministre.
Huit ans après le Brexit, voté en 2016, quatre ans après l’accord arraché par Boris Johnson, les rapports entre l’UE et les Britanniques peinent encore à se renouveler.
Le nouveau Premier ministre travailliste, opposé au Brexit durant la campagne de 2016, a promis de rapprocher son pays de l’UE ces derniers mois. Un de ses espoirs majeurs est que ce sommet permettra de relancer des discussions sur de nombreux sujets : l’immigration, les échanges commerciaux ou encore la défense. « Keir Starmer n’a rien révélé de précis souligne un lord, ancien ambassadeur à l’ONU et c’était certainement judicieux. Il est difficile de prédire pour l’instant dans quels domaines l’UE sera prête à rediscuter. »
Un point à souligner est que toute négociation commerciale est difficile avec l’UE lorsqu’on ne fait plus partie du marché commun. Boris Johnson et ses successeurs ont cherché à diviser ce marché en entretenant des liens bilatéraux avec les pays européennes : la tentative a échoué et chaque premier ministre est revenu les mains vides.
Le reset annoncé par Sir Keir Starmer est ambitieux. La question de la lutte contre les passeurs de migrants est un domaine où des accords pourraient être plus facilement conclus.
Immigration : le Royaume-Uni restera dans la CEDH
Dès sa déclaration d’inauguration du sommet, Keir Starmer a mis fin aux craintes de ses alliés de voir la Grande-Bretagne quitter la Convention européenne des droits de l’homme : « Nous aborderons cette solution [à la crise migratoire] avec humanité et un profond respect pour les lois internationales » a insisté le nouveau Premier ministre. Ce dernier a poursuivi en critiquant vertement le plan d’asile pour le Rwanda, voté par les conservateurs au mois de mai après une longue bataille juridique. Ce texte, qui prévoyait de renvoyer des migrants arrivés sur le territoire britannique depuis un an, a été a qualifié de « diversion » par Keir Starmer (gimmick), qui s’y est fermement opposé.
Les conservateurs avaient menacé de faire en cas de nouveau blocage du plan d’asile pour le Rwanda par la CEDH : des propos qu’il a de nouveau confirmés dans sa conférence de presse à la fin du sommet.
Les conservateurs, qui ont tant bataillé pour le vote de ce plan d’asile désormais caduque et tant contesté, n’auront finalement rien fait ou presque sur le sujet, malgré leurs innombrables promesses. L’ancien ambassadeur à l’ONU souligne toutefois que « le gouvernement de Rishi Sunak a renforcé la coopération avec Frontex, ce qu’il s’est bien caché de signaler à son parti. »
Désormais, l’équipe du Home Office, employée pour mettre en œuvre le Rwanda Plan, sera redéployée pour lutter contre les trafiquants de migrants, un plan dont l’on ne connaît encore pas précisément le contenu. La lutte contre les passeurs et les moyens à employer était le thème central de la table de ronde sur l’immigration, présidée par Giorgia Meloni et à laquelle participait en particulier l’Albanie et Sir Keir Starmer.
Assurer le soutien du Royaume-Uni à l’Ukraine
La guerre en Ukraine était sans surprises l’autre thème phare des discussions du sommet de la Communauté politique européenne, dont le président ukrainien, Volodymyr Zelensky était l’invité d’honneur avec la présidente moldave, Maia Sandu.
Dès son arrivée au sommet, Zelensky s’est montré très confiant à l’égard du soutien du Royaume-Uni : « je compte sur son soutien [de Keir Starmer] a-t-il insisté. Le Royaume-Uni a démontré son leadership depuis le début des attaques russes. » Il l’a ensuite réaffirmé vendredi matin lors de sa rencontre avec le gouvernement britannique.
Pragmatique, « dénué d’idéologie », Keir Starmer a promis que le Royaume-Uni continuerait de soutenir l’Ukraine sans faillir, comme Boris Johnson et ses successeurs l’ont fait : « La tâche est urgente a commenté le Premier ministre, parce que la guerre est à nos portes » a rappelé Starmer.
Les fruits de la bonne volonté de Sir Keir dépendront en grande partie du résultat des élections présidentielles américaines de novembre 2024. Une victoire de Kamala Harris pourrait ne rien changer, mais celle de Donald Trump et de J.D. Vance en revanche pourrait mettre un terme au conflit ukrainien.
C’est un sommet concluant qui s’est achevé pour Keir Starmer jeudi soir. Rishi Sunak avait bien tenté un « Rishi reset » en 2022 : mais c’est deux ans plus tard seulement que ce reset a eu lieu avec son opposant travailliste. Celui-ci reste parsemé d’obstacles toutefois et pourrait n’être que de courte durée si les difficultés liées à la période post-Brexit se présentent de nouveau dans de futures négociations ce qui risque d’être les cas.

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