La campagne ne commençait pas si mal pour le Premier ministre conservateur Rishi Sunak. Les sondages n’étaient certes pas brillants, mais Rishi avait évité les cafouillages et les divisions trop visibles au sein de son parti jusqu’ici. Mais son absence à la cérémonie internationale de D-Day à Omaha Beach a fini de l’achever au profit de son opposant Keir Starmer.
La crédibilité de Rishi Sunak semble désormais impossible à retrouver. Son départ précipité des commémorations des quatre-vingt ans du débarquement, D-Day, à la fin de la cérémonie de commémoration britannique, à Ver-sur-Mer, a provoqué l’incompréhension généralisée des britanniques et une avalanche d’attaques de la part de ses adversaires.
Rishi en panique
Pourquoi donc le Premier ministre est-il rentré si soudainement à Londres le 6 juin en fin de matinée, alors que tous les esprits l’attendaient à la commémoration internationale de Omaha Beach, à Saint-Laurent-sur-Mer ? La raison, Rishi Sunak l’a donné lui-même, vendredi matin : il avait une interview à donner à la chaîne iTV, prévue depuis plusieurs semaines et les autorités organisatrices en étaient prévenues.
Mais une telle excuse en pleine campagne législative, est loin d’être suffisantes pour le grand public. Interrogé par la chaîne d’information britannique Sky News, vendredi soir, le Premier ministre n’a pu que répéter en boucle au journaliste qu’il avait commis une “erreur” de sécher la cérémonie internationale et il s’en est excusé. Mais Sunak a souhaité rappeler l’importance “que face à l’importance du sacrifice [de ces vétérans], nous ne politisions pas cet évènement. Nous devrions à juste titre nous concentrer sur les vétérans qui ont tant donné.“
Mais le paradoxe est bien dans la réponse du Premier ministre : s’il est rentré à Londres, c’est précisément pour des raisons électorales et politiques. La rumeur qui court d’ailleurs est qu’il n’avait pas l’intention de se rendre aux commémorations initialement, ce qu’il a formellement nié.
Ses adversaires politiques en ont largement profité d’ailleurs pour l’accuser d’être antipathique et anti-patriotique.
Débâcle politique
Sans surprises, le soir même du 6 juin, puis le 7 juin, les foudres se sont déchaînées contre Rishi Sunak.
Nigel Farage, le président et fondateur du parti anti-immigration Reform UK, qui était présent à la cérémonie britannique de Ver-sur-Mer, le 6 juin au matin, a souligné sur Twitter que “le Premier ministre a esquivé la cérémonie internationale D-Day pour rentrer au Royaume-Uni pour faire campagne. Je suis ici en Normandie à titre personnel parce que je crois que [le D-Day] compte. Est-ce qu’il le croit lui-aussi ?”
Le lendemain soir, Farage a renchérit lors d’un débat sur la BBC, avec les principaux leaders de partis, soulignant que si l’instinct de Rishi Sunak “était le même que celui du peuple britannique, jamais il n’aurait considéré une seule seconde être absent de la grande cérémonie internationale. [Ceci] montre à quel point il [Rishi Sunak] est déconnecté du peuple de ce pays.“
Face à de telles accusations, la représentante du parti conservateur au débat, Penny Morduant, ministre chargée des relations entre le gouvernement et le parlement et députée de Portsmouth n’a pu que s’aplatir, affirmant que le choix de Rishi Sunak était une “grave erreur“. “Je suis contente que le Premier ministre ait présenté ses excuses. a-t-elle poursuivi. Il s’est excusé auprès des vétérans et auprès de tous, parce qu’il était là [aux commémorations] pour nous représenter.“
Sir Keir Starmer : grand vainqueur de la débâcle
S’il y a un chef de parti qui a tiré un excellent profit de cette situation, c’est le leader du parti travailliste, le Labour, Sir Keir Starmer. Déjà donné entre 40 et 45% pour les législatives du 4 juillet, celui-ci a fait le choix judicieux de se rendre aussi-bien à Ver-sur-Mer qu’à la commémoration internationale de Saint-Laurent-sur-Mer, la commune où est située Omaha Beach.
Sa présence à la cérémonie internationale a été très remarquée, surtout lorsqu’il a serré la main puis échangé avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, véritable star du 6 juin : les caméras ont braqué leur objectif sur la scène, donnant l’impression que Keir Starmer était déjà le Premier ministre.
L’évènement a provoqué l’éclipse instantanée du représentant du gouvernement britannique, le ministre de la Défense, Grant Shapps, ainsi que du secrétaire aux Affaires étrangères Lord David Cameron. La photo où l’ancien Premier ministre est aux côtés de Macron, Olaf Sholz et Joe Biden est presque passée inaperçue aux yeux des Britanniques.
Dans un tweet publié le même jour, Keir Starmer s’est affiché en pleine discussion avec le président ukrainien, se projetant déjà en futur Premier ministre : “J’ai dit au président Zelensky que s’il y a un changement de gouvernement, il n’y aura pas de changement dans le soutien de la Grande-Bretagne à l’Ukraine.”
Que faire ?
En annonçant des élections le 4 juin pour le 4 juillet, Rishi Sunak pensait prendre tout le monde de court, commencer par le leader de Reforme UK, Nigel Farage, qui n’avait pas prévu de se présenter initialement.
Moins d’une semaine plus tard, le pari du Premier ministre était perdu. Farage est rentré en campagne et les sondages n’ont pas décollé. Désormais, certains instituts de sondage donnent Reform UK à deux points seulement des conservateurs, soit 16%, contre 19% pour les Tories et le D-Day gate n’a rien arrangé.
Désormais, Rishi Sunak est vu comme un individu froid, indifférent à l’histoire et au sort des Britanniques. Une telle accusation n’est certes pas nouvelle, mais paraît encore mieux fondée aujourd’hui qu’il y a un mois.
Il est sans doute trop tard pour inverser la tendance, à moins de trois semaines du scrutin. Tout ce qui reste à faire au Premier ministre est de limiter les bavures et les gaffes. D’ailleurs, depuis vendredi dernier, il est injoignable par les médias, sans doute parce qu’il revoit sa stratégie avec ses conseillers pour la fin de campagne.

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