Une semaine après l’annonce prématurée par Rishi Sunak du début de la campagne des élections législatives, qui se tiendront le 4 juillet, les promesses de dernière minute n’ont cessé de pleuvoir ces derniers jours. Pour autant, la popularité du parti conservateur, au pouvoir depuis quatorze ans, n’est pas encore de retour.
Avec désormais moins de six semaines pour faire campagne, le Premier ministre britannique Rishi Sunak joue son va-tout. Et pour cela, toutes les propositions sont bonnes pour occuper l’espace médiatique et mener le débat face aux travaillistes qui ont le vent en poupe.
La dernière en date, qui a fait la une des journaux britanniques en début de semaine dernière, est la restauration du service militaire obligatoire, aboli en 1960 et dont plusieurs personnalités réclament le retour depuis le début de la guerre en Ukraine.
Mais ce n’est pas tout. Dans la panoplie de propositions du Premier ministre figure aussi la fin des diplômes universitaire inutiles, appelés « Micky mouse degrees », critiqués pour leur coût très important et leur absence de débouchés. Rishi Sunak souhaite plutôt favoriser des diplômes plus professionnalisants.
Mentionnons enfin l’éternelle promesse des conservateurs : la réduction des délais d’attente pour recevoir un traitement à l’hôpital public. Ces délais ont atteint une moyenne record de huit mois d’attente début 2024 et n’ont cessé d’empirer depuis l’arrivée des conservateurs au pouvoir.
Un début de campagne fastidieux
Il faut le souligner : le lancement précipité de la campagne à la suite de la baisse du taux d’inflation de 2,3% pour le premier trimestre du mois d’avril, a provoqué des avis divergents au sein du parti conservateur. Prématuré pour certains, fausse surprise pour beaucoup, ce début de campagne a bien mal démarré, avec par l’annonce pour le moins humiliante du lancement par Rishi Sunak sous une pluie battante, devant son bureau du 10 Downing Street. Mais surtout, Sunak est au plus bas dans les sondages et peu populaire au sein du parti conservateur et rien ne semble lui faire remonter la pente.
Trois jours après de l’annonce du rétablissement du service militaire, deux sondages sur les intentions de vote aux general elections sont sortis le 29 mai. Le premier, publié par le Daily Telegraph, donnait le parti conservateur à 23,5%, contre 44,7% pour le Labour, une estimation en légère hausse pour les tories par rapport au début du mois. Mais le soir même, un autre sondage montrait qu’à l’inverse, le Labour, mené par Sir Keir Starmer, avaient encore gagné trois points et était désormais monté à 47% d’intentions de vote, contre 20% pour les conservateurs.
Le dernier en date, publié par l’institut YouGov le 30 mai, donne Rishi Sunak à 21% et les travaillistes à 46%. Bref, la tendance ne s’inverse pas pour les tories.
Démissions et trahisons
Mais il y a plus grave sans doute que des sondages bas pour les tories : les démissions des grandes personnalités du parti conservateur, à cinq semaines seulement des élections. Parmi les élus démissionnaires les plus connus, l’on trouve l’ancienne Première ministre, Theresa May, le ministre du Logement, Michael Gove, figure éminente de la campagne pro-Brexit ou encore Andrea Leadsom, plusieurs fois ministre depuis 2010.
Et l’unité chez les conservateurs s’est davantage encore fragilisée avec les défections de plusieurs députés conservateurs au Labour. La dernière défection en date est Mark Logan, député du comté de Bolton North East, qui a annoncé son départ pour le Labour à la BBC jeudi dernier, en critiquant le soutien du gouvernement de Rishi Sunak au gouvernement israélien dans sa guerre à Rafah. Mais le départ de Mark Logan s’explique surtout par la crainte qu’il a de ne pas être réélu dans son comté, où il a obtenu une victoire historique face aux travaillistes Labour en 2019, qui tenaient cette circonscription depuis 1997. La trahison de Marc Logan s’ajoute à celle des députés Dan Poulter and Natalie Elphicke, qui sont des élus conservateurs de longue date.
Reform UK : le parti gênant
Les départs pour le parti Reform UK, fondé par Nigel Farage en 2019 n’en sont pas encore pas au même niveau, mais ils pourraient bien s’accélérer si rien ne s’arrange pour les conservateurs dans les prochaines semaines.
Pour l’heure, le parti anti-immigration est donné à 12% dans les sondages et se place à dix points des tories seulement. Le score élevé de Reform UK, actuellement troisième parti de Grande-Bretagne, ne garantit pas qu’il obtienne des sièges à la Chambre des communes en juillet, du fait du système électoral fondé sur un scrutin uninominal à un tour, first past the post en anglais, qui favorise traditionnellement le bipartisme.
Le temps est compté pour Rishi Sunak, qui a fait le pari audacieux d’une campagne courte pour tenter de couper l’herbe sous le pied des travaillistes. Mais sa stratégie est risquée, du fait que Keir Starmer et sa chancelière fantôme, Rachel Reeves, sillonnent de la Grande-Bretagne depuis deux ans déjà et bénéficient de la lassitude et du rejet des conservateurs chez une grande partie de l’électorat britannique, après quatorze ans passés au pouvoir.

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