120 ans d’entente cordiale : pour un renouvellement de la relation franco-britannique

120 ans d’entente cordiale : pour un renouvellement de la relation franco-britannique

Nous y sommes ! Il y a 120 ans jour pour jour était officiellement signée l’Entente cordiale entre la France et le Royaume-Uni, entre Lord Lansdowne et Paul Cambon, mettant fin à l’hostilité historique des deux ennemis héréditaires.

Les cent vingt ans de la signature de l’entente cordiale ont été marqués ces derniers jours par plusieurs évènements de fraternité entre Français et Britanniques. Un des points de forts de cette journée était la relève de la garde républicaine par les Coldstream Guards britanniques à l’Elysée, ce lundi 8 avril.

En parallèle, une relève de la garde britannique par la garde républicaine à Buckingham Palace, a eu lieu lundi, à 10h45, heure anglaise, 11h45 en France. C’est la première fois qu’un pays non-membre du Commonwealth aura eu droit à un semblable honneur. La garde républicaine a aussi été inspectée par le duc et la duchesse d’Edimbourg, le prince Edward et la princesse Sophie. Charles III, atteint d’un cancer, tout comme sa belle-fille, la princesse de Galles, Kate, ne pouvait se rendre à la cérémonie.

Cet évènement historique, marqué aussi par une tribune enthousiaste des ministres des Affaires étrangères britanniques et français, Lord David Cameron et Stéphane Séjourné, rappelle à nos mémoires les temps forts des rapports franco-britanniques depuis le 8 avril 1904.

Entente ou alliance ?

L’entente cordiale signée en 1904 n’est pas que symbolique. Quatre conventions y sont signées, qui scellent de facto une alliance franco-britannique, bien que le texte ne soit pas un traité d’alliance au sens strict. Voici les quatre accords majeurs de l’entente :

  1. Une déclaration par le Royaume-Uni de la neutralité du canal de Suez et par la France, de la liberté commerciale du Maroc, en échange de quoi les Britanniques s’engageaient à respecter les intérêts de la France sur ce pays
  2. Une convention concernant Terre Neuve, ainsi que l’ouest et le centre de l’Afrique
  3. Un échange de notes dans lesquelles les deux pays s’accordent pour la nomination réciproque de consuls à Saint Jean de Terre Neuve et à Saint Pierre
  4. Enfin, une déclaration à propos du Siam, du Madagascar et des Nouvelles-Hébrides, aujourd’hui les îles Vanuatu.

Une entente solide

L’entente cordiale met fin à plus de quatre-vingts ans de neutralité britannique en Europe, à la suite des guerres napoléoniennes. Jusqu’en 1904, le seul allié officiel des Anglais dans le monde était le Japon, bien peu utile dans le cas de l’éclatement d’un conflit sur le continent.

La France avait pour alliée la Russie, certes plus proche géographiquement, mais dont l’armée fut largement discréditée pendant les guerres russo-japonaises de 1904 et 1905.

Suite aux accords du 8 avril 1904, l’entente franco-britannique s’est révélée fructueuse. En 1905, lors de l’incident de Tanger, lorsque le Kaiser Guillaume II tentait d’empêcher la France d’établir son protectorat sur le Maroc, les Britanniques ont soutenu les Français, alors que les Allemands espéraient contrarier l’entente.

Lors de la conférence d’Algerisas de 1906, qui a confirmé le statut du Maroc comme protectorat français, les Britanniques, fidèles à l’accord de 1904, ont de nouveau soutenu leur allié outre-Manche, aux côtés des Américains.

Enfin, en juillet 1911, lorsque les Allemands envoient le navire Panthère à Agadir, pour contester les droits de la France, les Britanniques se préparent même à l’éventualité d’une guerre contre l’Allemagne.

Un traité historique

Il faut dire que cela faisait plus de quatre-vingts ans que les deux nations rivales ne se faisaient plus la guerre. D’ailleurs, la première étape vers la réconciliation franco-britannique fut la rencontre entre la toute jeune reine Victoria, 24 ans et le roi Louis-Philippe Ier, début septembre 1843, au château d’Eu. C’était la première visite d’un souverain britannique sur le sol français depuis 1520, lorsqu’Henri III avait rendu visite au roi François Ier.

Les discussions en vue de la signature de l’entente, entamées en 1898, à la demande de la reine Victoria, avaient pour objectif de sceller un rapprochement franco-britannique pour contrer la puissance allemande, à son apogée après sa victoire contre la France pendant la guerre de 1870.

C’est en 1903, un an après la mort de Victoria, que son successeur, Edouard VII, lance activement les discussions avec son homologue français, le président Emile Loubet et le ministre des Affaires étrangères, Théophile Déclassé.

Une alliance à renouveler

La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne en 2020, à la suite du vote sur le Brexit de juin 2016, a fragilisé les liens entre le Royaume-Uni et la France.

Les rapports entre Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique, Rishi Sunak, très bons en apparence lors du sommet franco-britannique de 2023, n’ont manifestement pas permis d’avancées notables sur les dossiers qui touchent le Royaume-Uni et la France.

Les accords du Touquet de 2021 et les nouveaux traités sur la lutte contre l’immigration illégale, signés en 2022, n’ont pas encore porté les fruits escomptés. La preuve la plus récente en est le nombre record de traversées de migrants vers les côtés anglaises au premier trimestre de l’année 2024 : 5.435 au premier trimestre 2024.

Ce nouvel anniversaire pourrait permettre une entente renouvelée entre la France et le Royaume-Uni et un accroissement effectif de la coopération dans le domaine de la défense, de la lutte contre l’immigration illégale et de l’économie.

C’est en tout cas le souhait manifesté par Lord David Cameron et son homologue Stéphane Séjourné dans leur tribune au Daily Telegraph ce matin. Désormais, il faut que les paroles se transforment en actes.

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