Le ministère de l’Éducation britannique a publié mardi un nouveau guide à l’attention des enseignants, pour traiter le cas des élèves en transition de genre. La nouveauté du texte : l’implication des parents, une grande première.
Il s’agit d’une petite révolution, ou plutôt d’un retour à la réalité, après des années d’hésitation, d’incertitude, de déni et de cancelling de la part de nombreux établissements scolaires de Grande-Bretagne sur la question trans. Depuis un an, que la ministre de l’Éducation, Gillian Keegan, promettait un guide procédural pour le traitement des cas d’enfants manifestant leur désir de changer de genre. Les premiers éléments sont enfin là, après presque douze mois de retard.
Les parents en première ligne
Dans ce texte, publié sur le site du ministère de l’Éducation, les parents sont mis en première ligne pour traiter la demande de transition sociale de genre de leur enfant à l’école : “Les parents ont le droit d’être au courant des demandes [de transition] de leurs enfants et les enseignants doivent en discuter avec les parents ou la personne en charge et prendre en compte leur point de vue”.
Plus haut dans le texte, une phrase insiste encore plus explicitement sur le rôle primordial des parents : “Tandis que le guide est prévu pour aider les enseignants, les opinions des parents doivent être au centre des décisions que prend chaque établissement à l’égard de leur enfant.”
Que les parents décident d’abord et avant tout ce qui est bon pour leur enfant, peut paraître évident et naturel diront certains. Pourtant, il s’agit bien d’une avancée majeure au regard des comportements de nombreux enseignants, qui n’hésitent souvent pas à promouvoir ouvertement le cause trans auprès de leurs élèves. Et si un élève manifestait sa volonté de “transitonner socialement”, c’est-à-dire d’être reconnu comme un membre du sexe opposé par ses camarades, il fallait que tout le monde l’accepte, sans discuter.
Un exemple criant est celui d’un collège au sud de l’Angleterre, dans l’Essex, dans un cours sur la sexualité. Une fille y déclarait vouloir être identifiée comme chat, provoquant d’abord les moqueries de ses camarades. Ces dernières, réprimandées par leur professeur, ont été menacées d’expulsion de l’établissement pour leurs propos transphobes.
Désormais, le texte opère une mise au point à ce sujet : “Les enseignants ne doivent pas encourager ou suggérer à un enfant d’opérer une transition sociale [de genre] – ils doivent commencer à considérer une réclamation si jamais un élève en fait une.” Autrement dit, les enseignants ne doivent plus s’ériger en maîtres de morale ou en défenseurs de la cause trans. L’on croirait presque à un texte révolutionnaire !
Un guide trop timoré ?
Poursuivant la lecture du guide, un élément frappe le lecteur : la prétendue transition de genre d’un élève n’est plus considérée comme la bonne nouvelle dont il faille imposer les conséquences à tous les autres élèves, qu’ils le veuillent ou non.
Les enseignants sont tenus de considérer “si c’est dans leur meilleur intérêt d’accepter la transition […] y compris si elle aura un impact sur l’établissement dans son ensemble.” Enfin, le professeur devra “se donner un temps de réflexion important, au lieu de prendre une décision hâtive”. Il y a encore deux ans, de tels propos auraient sans doute parus impossibles à tenir de la part d’un organe gouvernemental.
Pour autant, cette directive ne résout pas le problème de fond, qui est le refus de rappeler que les enfants mineurs sont avant tout éduqués par leurs parents et ne sont pas en mesure, ou même en droit de prendre des décisions d’une telle ampleur par eux-mêmes, juste parce qu’ils “ressentent que c’est leur bien”.
D’autre part, elle continue de considérer implicitement qu’une transition de genre est une situation courante, sans interroger les possibles troubles psychologiques des enfants qui les amènent souvent à exercer cette demande. Autrement dit, le déni sur la question trans est encore bien d’actualité, sans doute par peur de la pression des lobbies trans.
Il faut d’ailleurs souligner ici une faiblesse indéniable du texte, qui est son caractère purement indicatif.
Des effets marginaux
Plusieurs syndicats d’enseignants britanniques, souvent fervents partisans de la cause trans, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne suivraient pas les indications du gouvernement.
Le secrétaire général du principal syndicat d’enseignants de Grande-Bretagne, le National Education Union, a rappelé “que ce qui est en discussion est un texte non-règlementaire, qui est toujours à l’état de projet et en consultation pour encore douze semaines. Il est aussi important de rappeler qu’à ce stade, les écoles n’ont pas besoin de changer leurs politiques.”
Autrement dit : le syndicat ne considère pas que la question trans pose un vrai problème au sein des établissements scolaires du pays. La guerre idéologique sur ce sujet promet sans doute d’être longue !
D’ailleurs, rien ne garantit que les professeurs n’avertissent les parents de la demande de “transition sociale” de leur enfant, comme le demande aussi la directive. En effet, comme l’explique une professeure au quotidien britannique, le Guardian : elle doit être là pour protéger l’enfant dit trans, dont les parents pourraient ne pas comprendre le choix : “Ce n’est pas notre rôle de dire aux parents ou de dénoncer [les élèves]. Nous devons protéger l’enfant.” Un tel raisonnement, somme toute relativement courant, sous-entendrait que le professeur est un meilleur éducateur que les parents et sait mieux ce qu’est le bien de l’enfant.
L’ancienne Première ministre Liz Truss a d’ailleurs bien souligné la faille de cette directive : “ces orientations non-statutaires fournissent une protection et une clarté insuffisants” a-t-elle regretté, en précisant “qu’un changement dans la loi du pays est nécessaire” pour que des évolutions de fond puissent avoir lieu. Manifestement, ce n’est pas l’intention de Rishi Sunak pour le moment.

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