Le chancelier de l’Echiquier Jeremy Hunt a annoncé des baisses de taxes dans l’Autumn Statement, l’annonce du budget 2024, qu’il a faite hier, devant la Chambre des communes.
L’annonce d’une baisse de taxes par le chancelier de l’Echiquier Jeremy Hunt hier après matin était très attendue par les députés du parti conservateur, irrités par les années de politique keynésienne et de hausses d’impôts de Theresa May et surtout de Boris Johnson.
Des baisses de taxes “historiques”…
Alors que les Tories sont traditionnellement considérés comme le parti de la responsabilité budgétaire, leur image s’est sensiblement ternie en 2019, depuis la crise de la pandémie. Au premier trimestre 2023, la dette britannique se situe a atteint 2 700 milliards d’euros, juste derrière la France, qui a récemment battu le record de 3 000 milliards d’euros. La taxation des Britanniques, quant à elle, est à son plus haut niveau depuis la Seconde guerre mondiale.
Grâce à l’inflation, le gouvernement a bénéficié de 27 milliards de livres de recettes fiscales supplémentaires. De plus, le chiffre de l’inflation globale en octobre est à 4,6%, contre 11,6% en 2022, à la même période. Autrement dit, c’était le moment où jamais de faire baisser la pression fiscale.
Parmi les mesures avancées par le chancelier, figure en particulier la baisse de 2% sur les cotisations pour les employeurs et les salariés, ainsi que les auto-entrepreneurs. Une réduction d’environ 10 milliards de livres (14 milliards d’euros). Jeremy Hunt souhaite favoriser l’investissement des entreprises britanniques sur le long terme, pour ramener la croissance.
… et des prélèvements sans précédent
Pour autant, les prélèvements vont continuer à augmenter d’ici 2027 selon l’Office for Budget Responsibility (OBR), l’organisme public chargé de conseiller le chancelier sur les questions budgétaires. D’ici à 2028, près de 4 millions de ménages britanniques commenceront à le payer et 3 millions passeront dans la tranche supplémentaire de l’impôt selon l’OBR. Soit une facture totale de 45 milliards de livres pour les contribuables : des baisses de taxes, certes, mais pas pour tout le monde…
Dans la perspective de la campagne législative de 2024, Rishi Sunak et Jeremy Hunt espèrent surtout qu’un retour à une politique économique plus libérale, leur donnera un peu de crédit auprès de leur électorat d’ici l’an prochain.
Labour : le défi de l’adaptation
Dans son discours devant les Communes, mercredi, le chancelier renchérit : “Nous avons promis de diviser l’inflation par deux et nous l’avons fait“, en rappelant au passage à la chancelière fantôme du parti travailliste, Rachel Reeves, qu’elle n’a pas mentionné l’inflation une seule fois dans son discours de la conférence annuelle du Parti travailliste de Liverpool, prononcé au mois d’octobre.
Les promesses tenues par le gouvernement permettent ainsi au chancelier Hunt de couper l’herbe sous le pied des travaillistes, qui ont pu jusqu’à maintenant critiquer le gouvernement pour son incompétence.
Désormais, les travaillistes doivent revoir leur stratégie. Interrogée jeudi matin par la chaîne Sky News sur le programme du Labour en matière fiscale, Rachel Reeves n’a pas pu promettre que son parti baissera les taxes s’il gagnait les prochaines élections. Mme Reeves a même dû concéder que “lorsque les conservateurs promettent des baisses de taxes sur les personnes en activité, nous les soutenons“. Autrement dit, les travaillistes n’ont rien de mieux à proposer.
Une des critiques de Mme Reeves a avancé à l’encontre du programme du chancelier est “qu’elle ne changera en rien la vie quotidienne des personnes“. Par ailleurs, elle a pointé du doigt les perspectives de mitigées de l’OBR en matière de croissance, qui prévoient un taux de croissance de 0,7% pour l’an prochain. “Ces perspectives moroses montrent que l’économie est en survie […] Aujourd’hui, nous avons vu davantage d’absurdité de la part d’un gouvernement conservateur hors sol et à cours d’idées.”
Le budget de la dernière chance ?
Ce budget soi-disant historique sera-t-il suffisant pour ramener l’enthousiasme au sein du parti conservateur ? Sir Jacob Rees-Moog, ancien ministre et libéral invétéré du Parti conservateur, estime que le gouvernement ne va pas assez loin : “Il a le désir de couper les taxes […] Mais l’esprit est ardent et la chair est faible […] Ce que nous devons faire, c’est baisser les dépenses.” Seuls les résultats concrets sur la vie des individus permettra peut-être de faire changer la tendance. Selon le dernier sondage YouGov, les conservateurs sont crédités de 21% des voix, loin derrière les travaillistes, à 44%.
Depuis mercredi, les députés tory sont d’ailleurs avertis qu’ils doivent se mettre en ordre de bataille dès le mois de janvier pour la campagne à venir. Les bruits courent même que l’élection pourrait intervenir d’ici le printemps prochain.

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