Le Labour Party a tenu sa conférence annuelle de dimanche à mercredi, à Liverpool. A un an des prochaines élections, il s’affirme de plus en plus comme le futur parti au pouvoir, comme l’a montré cet après-midi son leader, Sir Keir Starmer.
Autre conférence, autre ambiance. Une semaine après la conférence annuelle du Parti conservateur à Manchester, les travaillistes britanniques se sont réunis dans une atmosphère très festive à Liverpool, sur la côte est du pays. Ici, pas de divisions ou de « contre-conférences » comme à Manchester pour la conférence des conservateurs. Tout le parti semblait cette fois-ci uni autour de son leader, Sir Keir Starmer et de son chancelier fantôme (shadow chancelor), Rachel Reeves, véritable star de la conférence. Malgré l’irruption d’un militant sur l’estrade, à l’arrivée du leader travailliste, le discours de ce dernier fut un grand succès. Starmer s’est appuyé sur la crise de l’inflation et le coût de la vie pour se poser comme la seule alternative aux conservateurs : « les personnes votent pour nous parce qu’elles veulent que l’on guérisse leurs plaies et nous sommes les guérisseurs » a-t-il clamé. Les foules, enthousiastes tout au long de la conférence, ont donné l’image d’un parti qui a repris confiance en lui-même, après une décennie de chaos et de luttes internes. Si le parti travailliste bien s’illustrer sur un point, c’est sa crédibilité retrouvée, en particulier sur les questions économiques.
Reconstruire l’économie et réformer
Sans surprises, la baisse des impôts pour les travailleurs et la responsabilité dans les dépenses publiques furent les deux éléments phares du discours du leader travailliste : « Notre travail est d’endosser le poids qui pèse sur les travailleurs » a-t-il clamé, promettant des baisses de taxes pour les travailleurs modestes et les petites entreprises et à l’inverse, des hausses pour les plus aisés, tant favorisés par le parti conservateur. Sans annoncer de mesures précises, le leader travailliste souhaite regagner la confiance d’une large frange de l’électorat travailliste traditionnel, qui en 2020, a voté pour Boris Johnson. Parmi ses propositions, il y a la construction de « un million et demi de nouveaux logements », en promettant de faire sauter les barrières administratives : « plus d’inertie face à la résistance a promis Keir Starmer. Un futur doit être construit, c’est la responsabilité d’un gouvernement sérieux. ».
Plusieurs de ces idées furent avancées par Boris Johnson en 2020, mais les travaillistes prétendent qu’ils seront cette fois-ci capables de les mettre en œuvre. Même discours sur la question du National Health Service (NHS), la sécurité sociale britannique : « Je connais des personnes qui n’aiment pas le mot “réforme”, mais je vous le dis, il n’y a pas d’autre option. Nous devons être le gouvernement qui transforme enfin notre NHS. Nous ne pouvons pas continuer ainsi, avec un service malade. Nous avons besoin d’un NHS qui prévient la maladie, maintien les personnes en bonne santé et en premier lieu, hors de l’hôpital. » Ce point soulevé par le leader travailliste est une attaque facile face aux conservateurs, qui font face à des grèves à répétition chez les infirmiers et les médecins, à propos de la rémunération en particulier. BoJo avait promis de règler la question en 2020, mais depuis, pas grand-chose n’a changé. Mais par-dessus tout, Keir Starmer a dû montrer au public qu’il était capable et crédible pour prendre la relève aux prochaines élections, face à un parti conservateur fatigué.
Reconquérir le cœur des Britanniques
Tout au long de son discours, Sir Keir Starmer n’avait qu’un objectif : montrer aux Britanniques et aux électeurs conservateurs que son parti est prêt et capable de gouverner après treize années passées dans l’opposition. Il s’est d’ailleurs adressé directement aux électeurs conservateurs avec des airs de prédicateur évangélique : « Si vous êtes un électeur conservateur qui désespère de ce gouvernement, si vous regardez avec horreur le déclin de votre parti dans les eaux troubles du populisme et de la conspiration […] si vous sentez que notre pays a besoin d’un parti qui conserve, qui se bat pour notre Union, notre environnement, l’obéissance à la loi, la vie de famille […] la Grande-Bretagne en a déjà un et vous pouvez le rejoindre : c’est le parti travailliste. » Le défi, Sir Keir Starmer le souligne : conquérir chaque voix, sans se contenter d’une salle comble – ce qui est certes un point de départ.
Pour cela, il l’a aussi assuré : finie la période Jeremy Corbyn lorsque ce travailliste radical, soutenu par la base militante et élu à la tête du Labour en 2016, divisait le parti sur la politique économique et l’antisémitisme et était incapable de prendre position sur le Brexit. D’ailleurs, Corbyn avait l’interdiction d’être présent à la conférence.

Que la campagne commence !
Les signes d’un regain de confiance dans le parti sont bien réels, en particulier après la victoire du candidat travailliste face au Parti indépendantiste écossais (SNP) dans une législative partielle en Écosse, la semaine passée, où le Labour a remporté 58,5% des suffrages exprimés, contre 27,5% pour le SNP. Mais Starmer l’a rappelé, la campagne ne fait que commencer : « S’agissant des conservateurs, je dois vous prévenir. […] Ils seront toujours prêts au combat pour sauver leurs propres peaux. […] Nous devons donc être disciplinés, concentrés, prêts à la riposte et confiants, parce que nous sommes déjà arrivés jusqu’ici. »
Le combat s’annonce donc rude, malgré la confortable avance du parti dans les sondages (44%). Que la campagne commence !

Leave a comment