Rishi Sunak à Manchester : le discours de la dernière chance

Rishi Sunak à Manchester : le discours de la dernière chance

Pour le clôture d’une conférence annuelle des conservateurs agitée, le Premier ministre britannique a tenté de refaire son image dans un discours aux accents anti-conformistes et libéraux : conservateurs en un mot.

Ce sont “trois grandes décisions pour notre pays” que Rihsi Sunak a déployé dans son discours de clôture de la Conférence annuelle du parti conservateur, devant une salle comble, où tout son gouvernement était présent. Introduit par son épouse Aksatha Murty, à la grande surprise du public et des médias, il est arrivé sur scène sous un tonnerre d’applaudissements, alors qu’une heure auparavant, l’on s’interrogeait sur sa capacité à enthousiasmer l’audience, après les rebondissements et les divisions sans nombre survenus durant ces trois jours. “Il est sympathique, attentionné, compatissant et a une incroyable joie de vivre” a lancée Aksatha Murty, avant d’accueillir son mari sur la scène. Durant son discours, le Premier ministre a vanté la politique de Défense de son parti, le soutien à l’Ukraine, l’éducation, la santé, le genre et les transports : un dernier thème qui a provoqué des remous considérables dans les médias durant les trois jours de conférence.

HS2 : le TGV anglais au rabais

C’était un faux suspense qu’a laissé planner le Premier ministre et son gouvernement durant les trois jours de conférence annuelle du parti conservateur. Après avoir laissé entendre que l’ambition du projet de ligne à grande vitesse HS2 (High Speed 2), serait drastiquement réduite, Rishi Sunak en a fait l’annonce officielle hier après-midi : “Je mets fin à cette saga interminable. J’annule le reste du projet HS2“. Cette ligne à grande vitesse devait relier initialement Londres à Manchester, en passant par Birmingham, et permettre ainsi une meilleure connexion entre les grande métropoles anglaises. Estimé à 41 milliards € en 2010, son coût a été plusieurs fois réévalué, pour atteindre les 115 milliards € en 2023. Une somme inacceptable pour le Premier ministre, qui a promis, à la place, de réinvestir les fonds restants dans des projets de transport : “à sa place, nous réinvestirons chaque penny, 36 milliards de livres, dans des centaines de projets de nouveaux projets de transport à travers le pays, dans le dans le Nord [de l’Angleterre] et les Midlands.

La seule ligne qui bénéficiera du HS2 sera la ligne Londres-Birmingham, qui permettra de relier les deux villes en 52 minutes seulement, contre 1h21 aujourd’hui. En revanche, la construction de la ligne Birmingham-Manchester est annulée ainsi que le reste du projet vers Liverpool sur la côte ouest ou Leeds, dans les terres. Les réactions, déjà virulentes avant l’annonce officielle, ne se sont pas fait attendre, en particulier de la part du conservateur David Cameron, Premier ministre entre 2010 et 2016 : “La décision d’aujourd’hui sur le HS2 est mauvaise. Elle permettre d’alimenter les opinions de ceux qui argumentent que nous ne pouvons plus ni penser, ni agir pour le long terme comme un pays, que nous allons dans la mauvaise direction.” Boris Johnson a approuvé ce même tweet en trois mots : “je suis d’accord.”

Si sujet, sur lequel la communication du gouvernement fut mal gérée, Rishi Sunak a tenté, durant son discours de le tourner positivement, mais aussi se rallier son parti sur d’autres sujets, en particulier les questions de genre.

“Un homme est un homme, une femme est une femme”

Le gouvernement actuel a mis un point d’honneur à combattre les lobbies trans, à la suite de celui de Boris Johnson. Une action qui s’est manifesté par le blocage par Rishi Sunak du projet de loi du parlement écossais permettant l’autodétermination du genre à 16 ans, voté fin 2022. Dans son discours, le Premier ministre a voulu démontrer que son parti était celui du bon sens : “Et nous ne devons pas nous laisser tromper par l’idée que les personnes peuvent être du sexe qu’elles souhaitent. Ils ne peuvent pas. Un homme est un homme et une femme est une femme, c’est simplement du bon sens” a-t-il plaidé, sous les ovations du public. Ce thème est devenu un des points forts du parti Conservateur, dont les deux leaders précédents, Boris Johnson et Liz Truss, ont su s’opposer aux lobbies LGBTQIA+ sur la question transgenre, sans provoquer de baisse de popularité dans l’opinion public, au contraire. Dans un projet de loi en préparation, le gouvernement a l’intention d’imposer au NHS (National Health Service) l’usage exclusif des sexes “homme” ou “femme” dans leurs formulaires (homme ou femme), mais aussi de rétablir le retour du vocabulaire médical pour les femmes (seins, …) et d’interdire l’accès aux femmes trans aux chambres d’hôpital pour femme.

Ces déclarations fortes de Rishi Sunak suffiront-elles à faire remonter les conservateurs dans les unes ? Rien n’est moins certain. Le parti est très divisé entre les partisans de Liz Truss, dont l’ancienne ministre de l’Intérieur, Priti Patel et l’ancien ministre aux Affaires, à l’Énergie et à la Stratégie industrielle, Jacob Rees-Moog, tous deux nostalgiques de Boris Johnson, et ceux de Rishi Sunak. La “trahison” de ce dernier à l’égard de BoJo en septembre 2022 passe encore très mal, surtout que Rishi Sunak est un Premier ministre élu uniquement par le parti. Il n’a donc aucun mandat de la part des Britanniques.

Bien que l’on ne sache pas encore quand se tiendra la prochaine élection législative l’an prochain, il est certain que les délais pour remonter la pente dans les sondages et unir le parti se raccourcissent quotidiennement. Cchaque signe de division chez les conservateurs sont autant d’angles d’attaques pour les travaillistes, qui se placent pour l’instant à 45% des intentions de vote, loin devant les conservateurs, qui plafonnent à 29-30%.

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