Alors que le Parti conservateur tient sa conférence annuelle à Manchester depuis dimanche, le Premier ministre Rishi Sunak fait face à une forte concurrence au sein d’un parti plongé dans d’importantes divisions.
Les conférences annuelles du parti conservateurs sont suivis avec grand intérêt par les médias britanniques. Ministres et députés se succèdent à la tribune et sur les plateaux télés provisoires, spécialement aménagés pour l’occasion et chacun tente d’y trouver sa place et de faire bonne figure. Le chancelier de l’Echiquier, Jeremy Hunt, le ministre des Affaires étrangères, James Cleverly et la ministre de l’Intérieur Suella Braverman s’y sont exprimés ces trois derniers jours. Le discours du Premier ministre se tiendra demain. Mais cette conférence n’est pas comme les autres : si certains espéraient qu’elle serait l’occasion d’une démonstration de force pour le parti, elle s’est vite transformée dans une lutte de factions entre les alliés de l’ancien Premier ministre Liz Truss, et les soutiens de Rishi Sunak, qui se font assez discrets depuis le début.
Taxes
Les sujets de frictions sont nombreux entre les partisans du Premier ministre et les nostalgiques de Boris Johnson, souvent ralliés à Liz Truss. La critique fondamentale opérée à l’égard de Rishi Sunak est son refus de mettre en place une politique de réduction des taxes, “à la Thatcher”. Sunak et son chancelier Jeremy Hunt refusent en effet de faire une telle promesse, alors que l’inflation est toujours de 6,7% et les taux d’intérêt à 5,25%. “D’importantes coupes budgétaires maintenant […] serait [une mesure] inflationniste” a insisté le chancelier et “rien ne va compromettre [ce] combat.” Invité sur Sky News ce matin, le chancelier n’a pas vendu de rêve aux téléspectateurs à ce sujet : “il est très difficile d’envisager ce type de baisses de taxes cette année” a-t-il promis. Autrement dit, les chances que les impôts baissent d’ici les prochaines élections sont quasi-nulles, à moins que nombre de postes de dépense ne soient réduits drastiquement. L’autre mesure du Premier ministre pour réduire les dépenses publiques est l’annulation de la ligne à grande vitesse HS2, entre Manchester et Birmingham, dont le coût a triplé depuis le lancement du projet en 2010, en passant de 30 milliards £ en 2010 à 100 milliards £ aujourd’hui.
L’approche prudente est loin d’être partagée par tous, alors que le niveau de taxation en Grande-Bretagne est le plus élevé depuis 70 ans. Le ministre de l’Egalité des chances, au Logement et aux Communautés, Michael Gove, une figure influente chez les conservateurs. Dimanche matin, l’ancien promoteur du Brexit a clairement souhaité qu’il “aimerait voir une réduction du fardeau des taxes d’ici la prochaine élection“, ouvrant ainsi une première brèche au sein du gouvernement, plutôt uni jusque-là.
Liz Truss : star de la Conférence ?
Depuis septembre 2022, l’ancienne Première ministre refuse décidément de quitter la scène médiatique, malgré son éviction de son poste il y a un an, après ses annonces de mini-budget qui ont provoqué un vent de panique sur les marchés. Sa discussion publique tenue hier au Midland Hotel de Manchester, l’a certainement confortée dans cette stratégie. Devant une centaine de soutiens politiques, de militants et de médias, elle s’est félicitée que le Premier ministre ait repoussé les mesures environnementales de cinq ans, tout en l’appelant à “faire plus“. Selon elle, ce sont “les solutions conservatrices, les arguments conservateurs qui sont populaires au sein du public, mais aussi des arguments qui vont aboutir.” Mais qu’est-ce alors que le conservatisme ? Liz Truss en a donné la réponse : “rendre la vie plus facile et meilleurs pour les familles de notre pays“. Un objectif qui selon elle, pourrait être atteint en “coupant les taxes, réduire les factures et en construisant des logements.” Ce qui remettra l’économie en scelle, ce n’est pas l’augmentation des dépenses publiques, mais le fait de “donner aux entreprises la liberté nécessaire pour réussir.” Cette dernière promesse aux accents thatchériens n’est pas innocente et s’adresse indirectement à l’ancien chancelier Rishi Sunak, qui est le dernier à avoir augmenté cette taxe, lorsqu’il était en poste au sein du gouvernement de Boris Johnson.
Rishi Sunak est donc sous pression dans son parti, où personne ne sait vraiment quelle ligne suivre. Dans son discours de demain, le Premier ministre devra démontrer qu’il tient toujours les rênes de son gouvernement et du parti et croit encore à une remontée du Parti conservateur dans les sondages. Pour l’heure, aucune date d’élection n’est encore fixée et d’ici-là, son parti doit gagner 17 points dans les sondages pour prétendre conserver une majorité : ils en sont encore loin derrière, avec 29%, contre 43% pour les travaillistes.

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