Écologie : Rishi Sunak et le pari du pragmatisme

Écologie : Rishi Sunak et le pari du pragmatisme

Le Premier ministre britannique a annoncé la semaine dernière revenir sur les mesures environnementales de son gouvernement, provoquant un nouveau séisme au sein de son parti et une remontée dans les sondages.

À moins un an des élections législatives, Rishi Sunak a finalement manifesté sa doctrine, qui se résume en un mot : le pragmatisme. Dit ainsi, cela peut paraître banal, mais il s’agit bien pourtant d’une ligne aux conséquences bien concrètes et qu’il a démontré dans les faits, en assouplissant les délais pour le passage des voitures thermiques aux voitures électriques, de même pour la période transition des chaudières au fioul aux pompes à chaleur. Désormais, les Britanniques auront jusqu’à 2035 et non plus jusqu’à 2030 pour acheter une voiture électrique, soit un rallongement de cinq ans – et un alignement sur la politique de l’UE. Durant son annonce, jeudi dernier, Rishi Sunak a souhaité promouvoir une écologie incitative qui suscite l’adhésion des Britanniques : « Le débat a besoin de plus de clarté et non pas de plus d’émotion. Le test devrait être : avons-nous le projet le plus juste et le plus crédible pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, d’une manière à ce que nous emmenions le public avec nous ? »

BoJo dans le viseur

Poursuivant son discours, le Premier ministre s’en est pris indirectement à son prédécesseur Boris Johnson sur sa politique environnementale plus volontariste : « Nous semblons avoir choisi une approche par défaut qui imposerait des coûts inacceptables aux familles en difficultés » a-t-il regretté. Rishi Sunak est clair : l’écologie punitive et ou à marche forcée ne peut fonctionner en période d’inflation – Emmanuel Macron l’a aussi compris. Rappelons que l’inflation est encore à 6,7% en Grande-Bretagne, après avoir oscillé entre 8% et 10% pendant un an, touchant durement un grand nombre de foyers. Le revirement de Sunak n’est pas applaudi par tous au sein du Parti conservateur. Son prédécesseur, Boris Johnson, se sentant visé par le discours du Premier ministre, a rappelé que « les entreprises doivent avoir de l’assurance s’agissant de nos engagements neutralité carbone. Le pays est meneur en matière de changement climatique et dans la création de nouvelles technologies vertes » La question environnementale était régulièrement soulevée par BoJo, qui s’était fait une fierté de recevoir le Cop26, à Glasgow, en 2021. Mais à un an des élections législatives, Rishi Sunak est conscient que le coût de la vie est bien un sujet prioritaire pour les Britanniques et que l’environnement doit passer après.

Une écologie impopulaire ?

Derrière son changement de politique sur la question environnementale, Rishi Sunak a en tête les mauvaises surprises réservées au maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, lorsqu’il annonçait l’élargissement des zones à très faibles émissions (Ultra Emission Zones, ULEZ) au Grand Londres, entrée en vigueur fin août. Ce sujet fut le thème de la campagne de la législative partielle dans l’ancienne circonscription de Boris Johnson, Uxbridge, au sud de Londres, début juillet. Le candidat conservateur a réussi à remporter l’élection partielle contre toute attente, en s’opposant à la politique environnementale de Sadiq Khan.

En deux mots, l’ULEZ s’applique à une zone plus grande que Paris et la petite couronne réunis et interdit aux voitures diesel antérieures à 2015 de rouler, de même pour les véhicules à essence achetés avant 2006. Le contrôle s’effectue grâce à des radars, qui scannent les plaques d’immatriculation pour s’assurer que les voitures sont bien dans les normes requises, sous peine d’amende – ces mêmes radars pourraient être installés à Paris l’an prochain pour le contrôle des vignettes Crit’Air. Fin août, une semaine après l’annonce par le maire de Londres de l’extension de l’ULEZ, 171 caméras furent endommagées dans Londres. Autant dire que l’écologie ne fait pas consensus de l’autre côté de la Manche.

Rishi Sunak comprend ainsi que le sujet environnemental ne peut être, pour l’instant une priorité du gouvernement britannique et son approche semble déjà bénéfique. Dans le dernier sondage, publié ce lundi, les conservateurs ont gagné quatre points, en passant de 24% à 28%. Ils demeurent encore loin derrière les travaillistes toutefois, qui bénéficient de plus de 44% d’intentions de vote. Toutefois, cette remontée est bien significative pour le reste de la campagne.

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