Deux siècles d’entente cordiale : Charles III en France (3/3)

Deux siècles d’entente cordiale : Charles III en France (3/3)

La venue de Charles III à Paris et à Bordeaux a provoqué une certaine ferveur au sein de l’hexagone, nous l’avons observé. Quel bilan pouvons faire pour la suite et quelles prospections pour les prochaines années ?

Lors de son discours au banquet de Versailles, le roi d’Angleterre a démontré sa grande affection pour le peuple français. Son style affectueux et démonstratif a conquis le cœur de nombre d’entre eux, qui étaient peut-être hésitants au départ sur le personnage, réputé “froid” par la presse française, mais à tort. « Je ne saurais vous dire à quel point mon épouse et moi-même sommes ravis d’être parmi vous ce soir, au terme de la première journée de notre première visite d’État en France, et combien nous sommes touchés par le magnifique accueil qui nous a été réservé. Une fois de plus, la France et le peuple français nous ont témoigné un accueil chaleureux et une profonde gentillesse, et nous leur en sommes très reconnaissants. » Ces mots de Charles III, prononcés en français devant un parterre de 120 personnalités, sont touchants et sincères. Bien que ce discours ait sûrement été rédigé en avance par les équipes de communication du souverain, ils sont authentiques. Charles III, tout comme sa mère Elisabeth II, aime la France. Et s’il a bien démontré une qualité, c’est son talent de diplomate.

Charles le diplomate

Si Elizabeth II était une diplomate chevronnée, elle était aussi très discrète, tandis Charles III se révèle tout aussi efficace, grâce à son talent d’orateur et son humour de bon goût : « Je crois que c’est un roi français qui a dit un jour qu’il préférerait être bûcheron plutôt que roi d’Angleterre, chargé de résoudre la complexité de notre pays poursuit-il, avant de conclure qu’en tant que forestier passionné, je suis heureux d’annoncer qu’il est possible de combiner les deux ! » Charles de Windsor, tout comme sa mère, doit en effet gérer une Ecosse toujours en proie à des divisions et manifeste régulièrement son affection pour le peuple écossais en portant le kilt lors de ses déplacements en Ecosse et en passant plusieurs mois au château victorien de Balmoral, dans la région d’Aberdeen, comme le fit jadis sa mère. Ce voyage en France a aussi manifesté le talent de diplomate du roi d’Angleterre, grâce à son usage du français dans ses discours et ses références à Elisabeth II notamment lors de son discours au Sénat : « Vous avez décrit feu sa Majesté la Reine comme ayant incarné avec dignité la permanence de la démocratie britannique et qu’« Elle aimait la France, la France l’aimait ». Je ne peux vous décrire ce que ces mots ont signifié pour moi et pour ma famille. Je peux seulement vous remercier, et remercier le peuple de France, pour la grande bonté que vous avez exprimés à notre égard, et à celui de notre peuple, à un moment de telle tristesse. »  Charles III n’est pas seulement venu en tant que roi, mais aussi en tant qu’héritier : héritier d’une reine qui a marqué tant d’esprits par sa sagesse et sa longévité et que les Français appréciaient.

L’ambiance fort chaleureuse de cette visite a bien contrasté avec le ton très officiel du sommet franco-britannique au mois de mars, dont le thème phare fut l’immigration, un sujet qui, sans surprises, fut absent des discussions. Les visites d’Etat peuvent être critiquées pour leur apparente inefficacité. Mais celle du souverain britannique n’est pas comme les autres. Oui, il n’y a pas eu de signature de traités ou d’accords, car, rappelons-le, le souverain britannique règne, mais sans gouverner. Son rôle est de représenter la nation britannique et il est d’une importance considérable. Quel autre souverain recevrait effet un tel accueil en France ou en Allemagne ? Si le roi d’Angleterre possède bien une caractéristique propre, c’est son prestige inégalé, qu’il hérite très certainement de l’Empire colonial, qui apporta richesses et abondance au royaume britannique. Charles III est aussi à la tête du Commonwealth, cette fraternité de nations, composée de 54 Etats-membres. Bref, il possède un prestige mondiale que la France a su honorer durant ses trois jours de visite. D’ailleurs, de tels moments permettent de parfois résoudre nombre de situations et de sujets complexes, grâce aux bons souvenirs qu’ils ont laissé. Espérons donc que ce sommet porte de bons fruits, d’ici l’année prochaine, où nous célébrerons les 120 ans de l’entente cordiale.

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