Après quelques passages à la télé et à la radio pour la visite de Charles III, me voici de nouveau en service, pour vous raconter la réception organisée en l’honneur de la reine Victoria au château de Versailles, le 25 août 1855.
La reine Victoria arrive à Paris le 18 août 1855, à l’occasion de l’exposition universelle, la première organisée en France. L’empereur Napoléon III, d’abord méfiant à l’égard des Britanniques, change à cette occasion son regard sur ce peuple tant honni par son oncle, Napoléon Ier. A la fin de la visite de Victoria et de son mari, le prince Albert de Saxe Cobourg, ils sont reçus par l’empereur à Versailles, ce lieu si emblématique de la monarchie française, tant apprécié par l’empereur.
Alliances et faste
Comme nous l’avons vu précédemment, nous sommes dans une phase dans l’ensemble positive pour la relation franco-britannique. En 1854, pendant la guerre de Crimée, ils s’allient contre la Russie, qu’ils vainquent l’année d’après. Pour entretenir ces relations, Napoléon III organise un bal et un banquet pour le couple royal, le 25 septembre 1855, dont le faste demeure certainement inégalé jusqu’à aujourd’hui : 1 200 personnes sont invitées, quatre orchestres sont conviés pour le bal et pour couronner le tout, le banquet, qui se tient dans l’Opéra de Versailles. Après le dîner, un autre bal prend place, suivi d’un feu d’artifice, jusqu’à 3h00 du matin. Pour l’occasion, tous les chandeliers de la Cour de marbre, de la Galerie des glaces et de l’Opéra sont alimentés pour la première au gaz et non plus à la cire : une prouesse technique pour l’époque.
Admiration
La presse britannique chante les louanges de la France et s’extase devant la splendeur de la fête. Elle ne mentionne pas une seule fois l’éventuel problème du faste de ce banquet – que certains partis politiques ont allègrement souligné ce mois-ci, alors que le nombre d’invités n’étaient qu’au nombre de 120 personnes… Le correspondant du Times, ce quotidien éminemment patriotique, ne peut s’empêcher d’exprimer son admiration devant la splendeur des décors et l’élégance des convives, dans le numéro du 27 septembre 1855 : « Il y a une congestion de carrosses, transportant tous des hommes en tenue de cour et des femmes si belles, si couvertes de bijoux, qu’ils resplendissent sur vous dans le noir. » Quelle splendeur ! Le lecteur, peut-être un bourgeois londonien fortuné, s’y verrait sans doute bien, mais il lui manque une chose : le titre de noblesse. Oui, l’aristocratie provoquait encore l’émerveillement du public et de la presse.
Au fond, rien de tout cela n’a changé, la presse est toujours aussi avide de commenter et les tenues, les menus et le décorum des grandes réceptions présidentielles ou royales et le banquet du 20 septembre 2023 en fut de nouveau l’occasion.
Ironie du sort ou non, cette visite et ce bal précèdent la victoire des Britanniques et des Français à Sébastopol, que les forces russes désertent le 28 septembre 1855, malgré un combat acharné. Que de clins d’œil historiques n’est-ce pas ?

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