Admirateur de la monarchie britannique, le roi Louis-Philippe Ier, dont le régime de monarchie constitutionnelle se rapprochait du modèle outre-Manche, reçut Victoria pour la première fois eu château d’Eu, en 1843, entamant ainsi un siècle d’entente cordiale entre la France et la Grande-Bretagne.
Le voyage au château d’Eu de la jeune reine Victoria, 24 ans, fut d’une portée significative pour les relations franco-britanniques, puisqu’il s’agit de la première visite en France d’un souverain britannique depuis 1520, lorsqu’Henri III vint en France à l’invitation de François Ier.
Depuis lors, aucun souverain anglais n’avait remis le pied en France, à l’exception de Jacques Ier Stuart, après avoir fui Londres en 1688 et avoir été détrôné par Guillaume d’Orange-Nassau. Sous l’influence de Guizot, nommé Secrétaire aux Affaires étrangères en octobre 1840, Louis-Philippe Ier reçoit cette jeune reine en grande pompe au château d’Eu, dans le Nord-Pas-de-Calais. Deux belles peintures d’Eugène-Louis Lamy illustrent cette visite : l’une, ci-dessous, à son arrivée dans la cour du château et l’autre, lorsqu’elle prend congé de Louis-Philippe, à bord du yacht Victoria and Albert.
Accueil triomphal
Lorsque Victoria débarque au Tréoport, en compagnie de son mari, le prince Albert de Saxe Cabourg, dans l’après-midi du 2 septembre, des foules sont rassemblées en masse sur le quasi pour acclamer la reine. Le roi de France l’attend sur le quai avec son épouse, tandis que les foules, qui acclament « Vive le Roi », « Vive la Reine Victoria » et « Vive la Famille Royale. » Une demi-heure plus tard, ils arrivent dans la cour du château d’Eu, où la garde nationale entonne l’hymne national britannique, « God save the Queen », jusqu’à leur entrée dans le château. Victoria et Albert sont ensuite acclamés sur le balcon du château, à la demande du roi de France, avant de rentrer pour un fastueux banquet, où Victoria est attablée aux côtés de la reine de Belges et du duc d’Aumale.

Royal Collection Trust / © His Majesty King Charles III 2023
La visite de la reine et de son mari durent cinq jours du 2 au 7 septembre, est un grand succès pour les relations franco-britanniques. En Grande-Bretagne, la presse se réjouit de cette réconciliation et l’image caricaturée des Français change soudain, alors qu’ils étaient vus jusque-là comme des papistes méprisables, méchamment caricaturés par la presse Whig. Le Newcastle Journal, dans son édition du 9 septembre 1843, écrit : « La reine Victoria sembla avoir conquis les cœurs de tout le monde au château d’Eu. […] Les Français, comme chacun sait, sont un peuple brave et galant, tout aussi remarquables pour leur politesse et leur dévotion chevalière envers la meilleure part de la création, bien qu’un peu prônes à vanter leurs propres prouesses. Ils sont un peu inconstants et changeants, mais sont un peuple raffiné et courtois. »
Ce n’est pas exagérer que de dire que cette visite symbolique a contribué à changer en profondeur l’avenir des relations franco-britanniques, après tant de siècles d’inimitiés, en particulier le XVIIIe siècle. Victoria reviendra par la suite une quinzaine de fois en France, sous quatre régimes successifs : la Monarchie de Juillet, la IIe République, le Second Empire et la IIIe République. Rappelons que son règne a duré plus de 63 ans.
La visite de Charles III, 180 ans après Victoria, sera certainement toute aussi forte en symboles, qui ne manqueront pas : de leur montée des Champs Elysées cet après-midi, pour raviver la flamme du soldat inconnu, au château de Versailles, ce soir, pour un banquet, et au Sénat, demain, pour un discours.
Dans notre prochaine chronique, nous nous pencherons sur la visite de Victoria à l’empereur Napoléon III, en 1855, qui, en termes de faste, dépassa largement celle d’Eu douze ans auparavant.

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