Birmingham : cité en faillite

Birmingham : cité en faillite

Sans doute que certains d’entre vous souhaiteraient entendre parler d’autre chose que d’immigration. C’est sur ce sujet que tous les titres de presse, ou presque, ont fait des unes en France, au lendemain de la visite de Mme Von der Leyen à l’île italienne de Lampedusa, accompagnée par la Première ministre italienne Giorgia Meloni. Pour l’instant, les réactions en Grande-Bretagne se font attendre, nous en aurons sûrement plus demain.

Aujourd’hui, je vous propose de revenir sur la banqueroute de la mairie de Birmingham. Il y a maintenant deux semaines, la mairie s’est officiellement déclarée insolvable et cherche désormais à trouver de l’argent là où elle le peut. Hier, dimanche, le Sunday Times a révélé les noms des commissaires gouvernementaux chargés de gouverner Birmingham et de trouver de l’argent pour le remboursement de la dette de la ville et le renflouement de ses caisses. La majorité travailliste devra faire les ventes et les économies que les commissaires lui demandent.

Pour comprendre comment on en est arrivé là, revenons sur la chronologie de la faillite hors normes de la deuxième ville de Grande-Bretagne.

Paiements équitables

Le genèse de la faillite de Birmingham est à trouver dans un procès entre la mairie et un collectif de 174 employées de la mairie de Birmingham (femmes de ménage, cuisinières), se plaignant de ne pas recevoir le même salaire que les hommes occupant les mêmes fonctions. Le procès, gagné en 2012 par ce collectif, a forcé la mairie à payer des indemnités aux salariées concernées. Elle devrait encore dépenser entre 650 et 760 millions £ dans le cadre de cette affaire, qu’elle ne peut plus financer. Le 5 septembre, le conseil municipal a déclaré ne plus pouvoir la financer et a prévu une augmentation de son déficit de 87 millions £ déficit pour l’année 2023-2024 et 164 millions £ pour 2024-2025.

Dotations en baisse ?

Tout comme en France, l’argument souvent justifié de la baisse des dotations aux collectivités a bon dos pour expliquer les difficultés financières des communes. C’est l’argument soulevé par le maire de la ville, John Cotton, qui a accusé le gouvernement de Londres d’ignorer “les défis financiers sans précédent“, découlant de l’inflation, des demandes d’aides sociales des adultes et une réduction des revenus des entreprises. Cette version n’est pourtant pas partagée par tous, loin de là.

Les chefs de groupes conservateurs et libéraux démocrates ont l’un et l’autre pointé du doigt la gestion chaotique des finances de la mairie et ses ambitions d’investissement délirantes. Un élément sans doute justifié, au vu du coût du nouveau programme informatique de la mairie pour les paiements des salaires, dont le budget, initialement de 19 millions £, a été multiplié par cinq, devenant ainsi infinançable.

Le Times rapporte aussi l’ambiance délétère au sein du groupe travailliste majoritaire. Les instances centrales du parti travailliste avaient d’ailleurs dû intervenir et imposer la nomination du maire actuel, John Cotton, à cause des conflits internes et de la “culture toxique” qui y régnait.

Ventes de biens

Désormais, le commissaires envoyés par le Premier ministre Rishi Sunak et le Ministre du logement, Micheal Gove, devront prendre en main la gestion des finances et des dépenses de Birmingham. Ils auront comme charge d’évaluer quelles ventes de patrimoine la ville de Birmingham doit effectuer pour rembourser une part de sa dette et quelles économies la mairie devra faire pour assainir ses finances. En 2015, la ville avait déjà vendu son National Exhibitions Centre pour 307 millions £. Cette rentrée d’argent, pourtant considérable, ne fut pas suffisante toutefois pour sauver les finances de Birmingham.

Un effet domino est désormais craint dans d’autres villes britanniques endettées. Certes, ce serait un mauvais signe pour le gouvernement, obligé de redresser les finances des communes, mais cela permettrait probablement une prise de conscience chez les conseils municipaux sur l’impossibilité du gaspillage de l’argent public. Depuis 2021, cinq villes se sont mises sous la protection du gouvernement après avoir fait faillite, dont la ville de Croydon, au sud de Londres, en décembre 2022, ou encore la ville de Thurrock, ce mois-ci. D’autres villes bien plus grandes pourraient aussi être mis sous tutelle, dont Bradford, au nord de Manchester.

Le 25 septembre, les membres du City council (conseil municipal) de Manchester devront publier la liste des biens immobiliers qu’ils comptent vendre pour purger leur dette.

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