Nous l’écrivions hier, le président du parti travailliste Sir Keir Starmer a proposé un accord entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne pour mieux assurer la répartition des migrants avec le reste des pays de l’UE, en vue des prochaines élections législatives. Un sorte de retour non-avoué de la politique des quotas contre laquelle nombre de Britanniques se sont insurgés, en votant “oui” au référendum sur le Brexit – c’est vrai, ce n’est pas la seule raison, mais bien d’une des principales. Sans surprises, la proposition de Sir Keir Starmer a provoqué l’ire de plusieurs fervents brexiteers, en particulier de la ministre de l’Intérieur (Home Secretary), Suella Braverman.
“Trahir le Brexit”
Le premier détracteur du leader travailliste est sans surprises, la ministre de l’Intérieur (Home Secretary), Suella Braverman, une farouche opposante à l’immigration illégale, qu’elle ne cesse de dénoncer depuis sa prise de poste il y a plus d’un an. En commentant la une du quotidien conservateur, The Daily Telegraph, sur Twitter, hier matin, elle tirait à boulets rouges sur la proposition du leader travailliste : “L’on a enfin connaissance du plan immigration de Sir Keir Starmer. Il laissera Bruxelles décider qui peut entrer au Royaume-Uni. Il donnera son accord pour faire de la Grande-Bretagne une décharge (dumping ground) pour les millions de migrants illégaux dont l’Europe ne veut pas. Et rien de tout cela n’arrêtera les bateaux.“
Ces paroles dures n’ont rien de surprenant de la part de Suella Braverman, possède le rare privilège de pouvoir dire à peu près tout ce qu’elle pense sur la question migratoire. Le porte-parole du Premier ministre a quant à lui rappelé que si la Grande-Bretagne était toujours dans l’Union européenne, elle aurait dû accueillir 100 000 réfugiés l’an dernier : des chiffres qualifiés de “fantaisistes” par le parti travailliste. Interrogé sur ces critiques, Sir Keir Starmer a souligné qu’elles “étaient typiques d’un gouvernement qui a totalement perdu le contrôle de la situation“. D’ailleurs, il convient de préciser que le gouvernement conservateur est lui-aussi en discussion avec Bruxelles pour faciliter la gestion des flux migratoires et lutter contre le trafic organisé.
Un bilan mitigé
Quel est en effet le résultat de l’action du gouvernement conservateur après treize années au pouvoir ? Eh bien, comme je l’écrivais hier, il est plutôt décevant. Depuis le mois de janvier, plus de 23 000 migrants illégaux ont traversé la Manche pour trouver refuge sur le sol britannique et les chiffres ne sont pas prêts de baisser en ce beau mois de septembre. Et entre 2018 et 2023, 135 700 migrants illégaux ont traversé la Manche.
Toutefois, il faut souligner que les chiffres de l’immigration britannique sont bien moins élevés qu’en France par exemple. Bien que le gouvernement français ne possède pas de chiffres officiels sur “l’immigration illégale”, elle publie en revanche ceux des demandeurs d’asile, qui en 2022, s’élevaient à 131 254. Nous sommes bien au-dessus des 100 000 mentionnés par le parti conservateur.
Mais comparaison n’est pas raison et s’il y a bien une promesse du Brexit que les Britanniques ont en tête, c’est la baisse des chiffres l’immigration, qui n’a pas eu lieu pour l’instant. Les travaillistes feraient-ils mieux que les conservateurs ? Rien n’est moins certain, surtout que le Labour est divisé en son sein sur la question de l’accueil des migrants. Si aux législatives de l’an prochain, les Britanniques votent pour le parti travailliste, ce sera sûrement moins par conviction que par souci de “dégagisme”

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